Algérie – CAN : la décision de la Confédération africaine de football de modifier en profondeur le calendrier de la Coupe d’Afrique des nations continue de provoquer une onde de choc sur le continent. Annoncé comme un tournant stratégique, le passage d’une CAN organisée tous les deux ans à une périodicité de quatre ans à partir de 2028 divise déjà fortement les acteurs du football africain. Si certains y voient une opportunité de mieux valoriser la compétition, d’autres dénoncent une réforme précipitée, potentiellement dangereuse pour l’équilibre économique de l’instance. Le débat dépasse le simple aspect sportif : il touche à la survie financière d’un modèle qui, depuis des décennies, repose largement sur la régularité de la CAN comme moteur principal de revenus, de visibilité et d’attractivité médiatique.
Parmi les voix critiques, celle du Camerounais Junior Binyam, ancien responsable de la communication et ex-chef de cabinet du secrétaire général de la CAF, a particulièrement résonné. Dans une sortie remarquée, il a exprimé de sérieuses réserves sur les motivations réelles de cette décision, allant jusqu’à évoquer un risque majeur pour l’avenir de l’institution. « Sur la faisabilité, le débat ne se pose pas. Si la CAN peut se jouer tous les deux ans, elle peut aussi se jouer tous les quatre ans. La vraie question est celle du fondement de cette décision. Existe-t-il une étude démontrant que ce passage à quatre ans permettrait à la CAF de générer davantage de ressources ? », s’est-il interrogé. Derrière cette question, c’est toute la crédibilité de la réforme qui est remise en cause. Car pour Binyam, une CAN moins fréquente signifie logiquement moins de revenus, moins de droits TV à négocier, moins de sponsors réguliers et donc un affaiblissement potentiel du poids économique de la CAF.
L’ancien dirigeant a insisté sur un point central : la CAN a longtemps constitué une source essentielle de financement. « Il faut rappeler qu’il y a une dizaine d’années, la CAN représentait environ 40 % des revenus de la CAF. Et je ne suis pas certain que cette donnée ait fondamentalement changé. Un passage à quatre ans pourrait apparaître comme un suicide économique s’il n’est pas adossé à des sources de revenus alternatives clairement identifiées », a-t-il averti. Cette déclaration met en lumière une inquiétude partagée par plusieurs observateurs : la CAF, en espaçant son événement phare, risque de se priver de l’un de ses leviers les plus stables. D’autant que la CAN 2027, déjà attribuée, doit être organisée conjointement par le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, tandis que l’édition 2028 reste encore en attente de désignation.
Pour justifier cette transition, la CAF a annoncé la création d’une Ligue des Nations africaine, censée combler le vide laissé par l’espacement de la CAN. Mais là encore, les interrogations sont nombreuses. Junior Binyam pointe le manque de clarté autour de ce nouveau projet, jugé trop flou pour être crédible à court terme. « Si l’on me présente une étude démontrant que cette compétition permettra de compenser le manque à gagner induit par le passage à quatre ans, le débat est clos. Mais pour l’instant, personne n’explique comment elle sera organisée, financée ou structurée », a-t-il conclu. Une sortie qui résume parfaitement le malaise : en Afrique, la CAN est bien plus qu’un tournoi… c’est un pilier. Et toucher à ce pilier sans garanties solides, c’est ouvrir une polémique explosive.
Lire aussi : Algérie : Youcef Belaili reçoit une terrible nouvelle





























