Equipe d’Algérie : Le contraste est saisissant et, paradoxalement, profondément révélateur. Ancien international algérien passé par les plus grandes scènes du football français et européen, Andy Delort s’est offert ce week-end une parenthèse aussi inattendue que spectaculaire. Engagé aujourd’hui en Régional 2, l’attaquant de l’AC Ajaccio a livré une prestation hors normes, inscrivant cinq buts en un seul match. Une feuille de statistiques irréelle, presque décalée, mais qui résume à elle seule l’écart d’expérience, de lecture du jeu et de maîtrise technique entre un joueur au long parcours professionnel et le niveau amateur qu’il côtoie désormais.
Sur le terrain, Delort n’a pas fait dans la demi-mesure. Volée, frappe lointaine, ballon travaillé de l’extérieur du pied, sens du placement chirurgical : toute la palette était déployée. Ce quintuplé, le premier de sa carrière, a valeur de symbole pour un joueur qui a disputé plus de 470 rencontres chez les professionnels sans jamais connaître ce genre de soirée. Loin des projecteurs de la Ligue 1, des ambiances européennes ou de la pression internationale, l’attaquant s’est offert un moment de pur football, brut, sans calcul. Dans un championnat où le rythme et les exigences ne sont plus les mêmes, son intelligence de jeu a fait la différence à chaque prise de balle, transformant la rencontre en démonstration personnelle.
Ce choix de carrière, qui aurait pu être interprété comme un déclassement, prend ici une autre dimension. À ce stade, Delort ne cherche plus à prouver quoi que ce soit. Il semble surtout renouer avec une forme de plaisir simple, presque originel. Après des années de combats tactiques, de pression médiatique et de débats permanents autour de son rendement, l’ancien Fennec évolue sans contrainte, libéré des attentes. Le sourire aperçu au coup de sifflet final en disait long : celui d’un joueur qui savoure le jeu pour ce qu’il est, et non pour ce qu’il rapporte ou symbolise.
Cette performance en Régional 2 n’efface évidemment rien de son parcours professionnel, mais elle en éclaire la fin sous un jour singulier. Peu de joueurs au passé international acceptent de descendre aussi bas dans la hiérarchie des compétitions avec autant de naturel. Delort, lui, semble assumer pleinement ce virage, transformant chaque match en moment de partage et de transmission. Dans un football souvent obsédé par le sommet, cette scène rappelle une vérité oubliée : la carrière d’un joueur ne se juge pas uniquement à son apogée, mais aussi à la manière dont il choisit de la conclure. Et dans ce registre, Andy Delort vient peut-être de signer l’un de ses chapitres les plus inattendus.


































