Au cœur de la contestation, une question juridique sensible : celle du respect des statuts. Officiellement, la CAF s’appuie sur un article conférant à son comité exécutif un pouvoir étendu sur les compétitions. Mais pour plusieurs experts en gouvernance sportive, cette interprétation est contestable. Selon eux, une réforme aussi lourde que le changement de périodicité de la CAN relève exclusivement de la compétence de l’assemblée générale. « Le comité exécutif est un organe subordonné, strictement limité aux pouvoirs qui lui sont délégués », estiment-ils. « Toute décision adoptée en dehors de ce cadre est juridiquement invalide. » Dans ce climat, certains dirigeants dénoncent un fonctionnement verrouillé, parlant même de dirigeants réduits au rôle de « marionnettes », et accusant le secrétariat général d’imposer ses orientations sous pression extérieure.
Car derrière cette réforme se dessine une influence plus large. Plusieurs voix pointent le rôle de la FIFA et de son président Gianni Infantino, soupçonnés de pousser l’Afrique vers un calendrier plus favorable aux clubs européens. L’ancien vice-président de la CAF, Constant Omari, alerte sur les conséquences à long terme : « La CAN est la principale source de revenus de la CAF. L’organiser tous les deux ans permettait aussi aux pays hôtes de développer leurs infrastructures. Avec quatre ans d’intervalle, ce sera beaucoup plus difficile pour nos joueurs locaux, et nous perdrons une manne financière essentielle. » Il redoute également la disparition progressive de compétitions dédiées aux joueurs évoluant sur le continent, un scénario qu’il qualifie sans détour de « désastre ». À défaut d’un débat transparent, cette réforme risque de laisser des traces durables, non seulement sur le calendrier, mais sur la crédibilité même de la gouvernance du football africain.
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