Maroc : la scène a été brève, mais son écho dépasse largement le cadre d’un simple échange verbal. Lors d’une prise de parole publique, un journaliste africain a interpellé frontalement le président de la Confédération africaine de football (CAF), l’accusant de gérer le football du continent au bénéfice de l’Europe plutôt que dans l’intérêt africain. « Vous gérez l’Afrique pour les Européens », a-t-il lancé, sans détour, devant Patrice Motsepe. Une accusation lourde, qui fait écho à un malaise latent depuis plusieurs années au sein de l’écosystème footballistique africain, nourri par les débats sur le calendrier international, la place des compétitions locales et l’influence croissante des instances et clubs européens sur les décisions stratégiques du continent.
La réponse de Motsepe a été immédiate, sèche et sans filtre. « Tais-toi. Tu te trompes. Tes informations sont incorrectes. Tu as complètement tort. C’est du non-sens. C’est n’importe quoi. Tu nous insultes. Nous gérons l’Afrique pour l’Afrique », a répliqué le dirigeant sud-africain. Rarement un président de la CAF s’était exprimé avec une telle fermeté face à un journaliste, rompant avec le langage feutré habituel des conférences institutionnelles. Cette réaction traduit autant une exaspération personnelle qu’une volonté de couper court à un discours de plus en plus répandu, selon lequel les réformes récentes – notamment sur le calendrier des compétitions et la protection des joueurs évoluant en Europe – seraient dictées par des intérêts extérieurs au continent.
Au-delà de la tension de l’instant, cet échange cristallise un débat de fond qui traverse le football africain. Pour une partie des observateurs, certaines décisions prises ces dernières années semblent éloigner les compétitions africaines de leur vocation première, en affaiblissant notamment les championnats locaux et les joueurs évoluant sur le continent. Pour la CAF, au contraire, il s’agit d’adapter le football africain à un environnement mondialisé, où les interactions avec l’Europe sont inévitables et parfois nécessaires pour rester compétitif. La virulence de la réponse de Motsepe montre à quel point ces accusations sont perçues comme injustes, voire offensantes, par l’instance dirigeante. Mais elle révèle aussi une fracture persistante entre gouvernance institutionnelle et perception populaire. Plus qu’un simple clash, cet échange met en lumière une exigence croissante de transparence, de pédagogie et de dialogue. Car si la CAF affirme gérer l’Afrique pour l’Afrique, une partie du public et des acteurs du terrain réclame désormais des preuves concrètes, visibles et durables de cette promesse.
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