Un peu plus de trois ans après son départ du banc marocain, Vahid Halilhodžić est revenu, sans détour, sur les circonstances de sa rupture avec la Fédération royale marocaine de football. Dans un entretien accordé à On Sport FM, le technicien bosnien a directement mis en cause le président fédéral Fouzi Lekjaa, évoquant un désaccord profond à l’approche de la Coupe du monde 2022.
Nommé le 15 août 2019 à la tête de la sélection marocaine, quelques semaines après la victoire de l’Équipe d’Algérie de football à la CAN 2019, Halilhodžić arrivait avec la réputation d’un bâtisseur rigoureux, déjà passé par le banc des Fennecs quelques années plus tôt. Il succédait alors à Hervé Renard avec pour mission claire : remettre les Lions de l’Atlas sur les rails et les qualifier pour le Mondial qatari.
Sur le plan sportif, les chiffres plaident en sa faveur. Lors des qualifications pour la Coupe du monde de la FIFA 2022, le Maroc survole le deuxième tour en terminant en tête de son groupe avec un bilan parfait de six victoires en six matchs. En barrage, les Marocains écartent la RD Congo après un nul à l’aller (1-1) et une large victoire au retour (4-1). Le billet pour le Qatar est validé avec autorité.
Entre-temps, la sélection atteint les quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations 2021, ne s’inclinant que face à l’Égypte, futur finaliste. Une campagne honorable, même si certains observateurs pointent déjà des tensions en interne.
Car derrière les résultats, le climat semble s’être progressivement détérioré. Des différends avec certains cadres, notamment Hakim Ziyech et Noussair Mazraoui, alimentent les spéculations. Officiellement, la fédération évoque en août 2022 « des divergences de points de vue sur la préparation de l’équipe ». Officieusement, les désaccords seraient plus profonds.
À quelques mois seulement du Mondial, l’annonce de la rupture du contrat de Halilhodžić surprend. Le Maroc change de cap en pleine ligne droite. Une décision rare à ce stade d’une préparation mondiale, surtout après un parcours qualificatif quasi irréprochable.
Interrogé récemment, l’ancien entraîneur du Paris Saint-Germain a d’abord affirmé vouloir tourner la page. « Je n’ai plus parlé du Maroc, pas un mot. Depuis mon départ, je n’ai pas regardé l’équipe du Maroc une minute, pas une seconde, et je ne veux pas non plus en parler », a-t-il lancé, visiblement encore marqué.
Mais il a finalement accepté de livrer sa version des faits. Et ses mots sont sans ambiguïté. « Comme sélectionneur, vous faites votre boulot. J’ai reconstruit une équipe qui a gagné sa place. On a gagné presque tous les matchs qualificatifs pour la Coupe du Monde. On a gagné sept matchs et fait un match nul. On s’est qualifiés avec beaucoup de panache et de qualité », a-t-il rappelé, revendiquant pleinement son bilan.
Le cœur du désaccord porterait sur la liste des joueurs pour la phase finale au Qatar. « Pour la liste des joueurs pour la Coupe du monde, le président voulait m’imposer deux joueurs et moi, je n’ai pas voulu. Je n’ai pas accepté ce chantage et on s’est séparés. C’est tout, je ne veux plus parler de ça », a-t-il affirmé.
Une déclaration lourde de sens, qui met directement en cause l’ingérence présumée du président fédéral dans les choix sportifs. Pour Halilhodžić, la ligne rouge était claire : la sélection relève exclusivement de la responsabilité du sélectionneur. Refuser toute pression aurait donc précipité la rupture.
Il conclut en défendant la cohérence de son travail. « Si vous regardez les résultats que j’ai obtenus avec l’équipe du Maroc, vous verrez que c’est un parcours exceptionnel. On ne fait pas ça à un sélectionneur qui fait ce travail avant une Coupe du monde. On s’est séparés pour ça. »
Depuis, l’histoire a suivi son cours. Le Maroc a réalisé un parcours historique au Qatar, atteignant les demi-finales du Mondial 2022. Mais pour Halilhodžić, le sentiment d’inachevé demeure. Comme lors de ses précédentes expériences avec d’autres sélections qualifiées pour la Coupe du monde sans qu’il ne dirige la phase finale, l’épisode marocain s’inscrit dans une trajectoire faite de succès sportifs et de ruptures brutales.
Ses déclarations relancent aujourd’hui le débat sur la frontière entre pouvoir fédéral et autonomie technique. Jusqu’où un président peut-il intervenir dans les choix d’un sélectionneur ? Et à quel prix institutionnel ?
Une chose est certaine : Vahid Halilhodžić n’a pas digéré la manière. Et même s’il affirme vouloir clore le chapitre marocain, ses mots traduisent encore une blessure ouverte.































