Dans ce contexte, le Maroc n’entend pas endosser le rôle de pays organisateur sans contreparties claires. Les conditions posées sont révélatrices d’un rapport de force assumé. La première concerne la répartition des revenus issus des droits télévisés, jugée jusqu’ici déséquilibrée au regard des investissements consentis par le pays hôte. Les responsables marocains souhaitent une formule plus équitable, qui tienne compte de l’effort logistique, infrastructurel et sécuritaire exigé par une CAN moderne. Même logique concernant la billetterie : l’idée est de revoir les mécanismes de redistribution afin que l’organisateur ne soit pas cantonné à un rôle d’exécutant, mais bénéficie réellement des recettes générées sur son sol. À cela s’ajoute une critique plus frontale sur la politique de sponsoring, certains partenaires potentiels n’ayant pas été retenus par la CAF malgré leur capacité à injecter des montants supérieurs à ceux des accords existants.
La gestion globale des droits TV constitue enfin un point central des discussions. Pour le Maroc, il ne s’agit plus seulement de maximiser la visibilité de la compétition, mais d’optimiser la valeur commerciale de la CAN sur les marchés africains et internationaux. Cette exigence traduit une évolution notable : les pays hôtes ne se contentent plus d’accueillir, ils veulent peser sur la gouvernance économique de l’événement. Pour la CAF, l’équation est délicate. Accepter ces conditions reviendrait à ouvrir la porte à une refonte plus large de son modèle de redistribution, avec le risque de créer un précédent pour les futures éditions. Les refuser, en revanche, pourrait compliquer davantage la recherche d’un organisateur viable pour 2028. Dans cette négociation silencieuse mais déterminante, la CAN apparaît moins que jamais comme une simple compétition sportive. Elle devient un terrain de négociation où se croisent intérêts financiers, crédibilité institutionnelle et rapports de force continentaux. Si le Maroc venait à obtenir gain de cause, la CAN 2028 pourrait marquer un tournant structurel dans la manière dont le football africain conçoit et partage la valeur qu’il génère.

































