Maroc : le malaise entre Walid Regragui et une partie de l’opinion publique marocaine ne se limite plus aux débats sportifs ou aux plateaux télévisés. Il semble désormais s’inviter dans le quotidien, jusque dans les lieux les plus ordinaires. Ces derniers jours, un épisode survenu à Rabat a cristallisé ce climat délétère, donnant une dimension presque symbolique à la rupture qui s’est installée entre le sélectionneur national et une frange croissante de supporters. Dans un pays où le football est intimement lié à l’émotion populaire, ce type de scène, même anodine en apparence, agit comme un révélateur puissant.
Selon Oussama Benaabdallah, Walid Regragui se serait rendu la semaine dernière dans un café du quartier de Hay Ryad, un établissement qu’il fréquente régulièrement pour prendre son petit-déjeuner. L’accueil qui lui aurait été réservé tranche avec l’image d’un sélectionneur autrefois porté aux nues. Toujours d’après ce récit, le technicien marocain aurait été mal accueilli par le personnel et confronté à des attitudes hostiles de la part de certains clients. Aucun incident grave, aucune altercation ouverte, mais une succession de gestes et de comportements suffisamment explicites pour marquer une distance devenue palpable. Cet épisode, rapporté sans emphase, illustre un basculement profond : celui d’un homme public qui ne bénéficie plus du capital de sympathie automatique attaché à sa fonction.
Au-delà de l’anecdote, cette scène résume un climat général. Depuis plusieurs mois, les choix sportifs de Regragui, ses prises de position et ses résultats ont nourri une défiance progressive. La ferveur qui avait accompagné les exploits passés s’est muée en exigence parfois brutale, puis en lassitude. Dans un environnement où la réussite est vite considérée comme acquise, la moindre contre-performance pèse lourd, et l’usure médiatique accélère la perte de crédit. Ce désamour apparent, perceptible jusque dans l’espace public, témoigne d’une fracture plus large entre le sélectionneur et une partie du peuple marocain, désormais moins enclin à lui accorder le bénéfice du doute. Pour Regragui, la difficulté n’est plus seulement tactique ou sportive : elle est aussi humaine et symbolique. Dans un pays où le football reste un miroir social, la reconquête de l’opinion pourrait s’avérer aussi complexe que la gestion d’un vestiaire sous pression.
































