Il fut l’un des visages les plus douloureux du football algérien récent. Rigobert Song, alors sélectionneur du Cameroun, restera longtemps associé à ce 2-1 historique infligé à l’Algérie au stade de Blida, un soir de mars 2022, synonyme d’élimination cruelle du Mondial 2022 au Qatar. Une défaite vécue comme un traumatisme national, tant par son scénario que par le contexte émotionnel dans lequel elle s’est produite. Mais au-delà du résultat, ce sont surtout les déclarations de Song à l’époque qui avaient profondément marqué les esprits algériens.
Après cette qualification arrachée à Blida, le technicien camerounais n’avait pas hésité à minimiser la valeur de son adversaire, adoptant un ton jugé condescendant, voire provocateur. Ses propos avaient été perçus comme un manque de respect envers une sélection algérienne pourtant championne d’Afrique en titre et invaincue depuis plusieurs années. Pour beaucoup de supporters, Rigobert Song était devenu bien plus qu’un simple adversaire sportif : il incarnait l’arrogance et la douleur d’un rêve brisé.
Quatre ans plus tard, le discours est radicalement différent. Dans des déclarations récentes, Rigobert Song a surpris en tenant des propos élogieux à l’égard de l’Algérie. Il a reconnu le poids sportif du pays, qualifiant l’Algérie de « grand pays sur le plan sportif » et allant jusqu’à la désigner comme un sérieux candidat au sacre continental lors de la prochaine Coupe d’Afrique des nations. Un revirement qui n’est pas passé inaperçu et qui suscite de nombreuses réactions, entre scepticisme, ironie et satisfaction tardive.
Ce changement de ton intervient dans un contexte bien particulier. L’Algérie a retrouvé de la stabilité, de l’ambition et une identité de jeu solide. Malgré les revers passés, la sélection nationale demeure une référence africaine, riche d’un vivier de talents évoluant dans les plus grands championnats européens. Song semble désormais reconnaître ce statut, lui qui affirmait récemment qu’un match entre l’Algérie et le Congo serait « une grande affiche », soulignant que ce sont les détails et les facteurs mentaux qui feraient la différence.
Ce revirement peut être interprété de plusieurs manières. Certains y verront une simple analyse lucide dictée par le réalisme sportif. D’autres y liront une tentative d’apaisement, voire une volonté de corriger des propos passés jugés excessifs. Quoi qu’il en soit, le contraste avec ses déclarations d’après Blida est frappant. Le même homme qui rabaissait l’Algérie reconnaît aujourd’hui sa grandeur et son statut de favori.
Pour les supporters algériens, cette reconnaissance tardive a un goût particulier. Elle ne fera pas oublier la blessure du Mondial manqué, ni l’arrogance perçue de l’époque, mais elle confirme une vérité que beaucoup n’ont jamais cessé de défendre : l’Algérie reste une puissance du football africain, respectée, crainte et toujours attendue dans les grands rendez-vous.
Finalement, l’histoire du football est faite de revanches silencieuses et de retournements symboliques. Sans affronter directement l’Algérie sur le terrain, Rigobert Song a, par ses mots, concédé une victoire morale à ceux qu’il avait autrefois rabaissés. Et dans le football comme ailleurs, cette reconnaissance vaut parfois bien plus qu’un simple score.































