À l’issue de la phase de groupes de cette Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc, deux sélections ont traversé le tableau sans jamais céder un seul point : l’Algérie et le Nigeria. Trois victoires en trois matches, deux trajectoires parallèles, deux ambitions affichées. Pourtant, derrière les résultats qui nourrissent les conversations grand public, se cache une donnée statistique plus surprenante. Selon les relevés d’OPTA, ces deux nations figurent également en tête du classement… des équipes ayant commis le plus de fautes depuis le début du tournoi. Cinquante-cinq fautes en trois rencontres pour chacune, un total partagé avec l’Angola et les Comores. De quoi nourrir des interprétations contrastées : signe d’agressivité et de caractère, reflet d’un football de défi ou, au contraire, signal d’alerte ? Comme souvent dans le sport de haut niveau, la vérité n’est pas binaire, et repose davantage sur l’intention : faut-il s’inquiéter d’un nombre élevé de fautes, lorsque le tableau d’affichage continue de donner le ton d’une équipe qui gagne ?
Pour l’Algérie, ces chiffres ne changent rien à la dynamique ressentie dans le vestiaire et dans le regard du sélectionneur Vladimir Petkovic. Depuis le coup d’envoi, les Fennecs ont contrôlé leur destin sans accélérer plus que nécessaire : 3-0 contre le Soudan, 1-0 face au Burkina Faso, et une victoire maîtrisée 3-1 contre la Guinée équatoriale. Une qualification déjà sécurisée et une première place inattaquable, construite sur une défense qui sait souffrir, et un milieu capable d’étouffer les inspirations adverses. C’est peut-être justement là que réside l’explication du volume élevé de fautes : une équipe qui impose son tempo doit briser le rythme des autres. Au-delà des statistiques, l’enjeu change désormais de dimension. En huitième de finale, l’Algérie retrouvera la RD Congo, une formation qui s’appuie sur la transition rapide et l’impact physique, ce qui exigera une maîtrise émotionnelle encore plus grande. L’équipe, jusqu’ici en contrôle, va devoir prouver qu’elle peut être disciplinée sans perdre son identité de conquête.
Du côté du Nigeria, le constat est similaire mais se lit différemment. Les Super Eagles ont inscrit huit buts — meilleur total du tournoi — avec une variété offensive qui force l’admiration. 2-1 contre la Tanzanie, 3-2 face à la Tunisie, puis 3-1 devant l’Ouganda : une attaque qui ne se pose pas de questions, et une capacité à renverser des moments difficiles. Mais l’élimination directe interdit le romantisme. Le Nigeria affrontera le Mozambique, adversaire moins expérimenté mais souvent imprévisible, qui peut exploiter chaque brèche mentale. Au fond, ces chiffres d’OPTA parlent moins de violence que d’un football de combat : celui de deux nations qui ont retenu une leçon historique — en Afrique, gagner demande d’abord de survivre. L’Algérie rêve encore de revivre le scénario de 2019, où la construction méthodique jour après jour s’était muée en destin. Mais désormais, la vraie compétition commence, et les fautes ne compteront plus. Seule comptera la chute — ou la victoire.



































