Algérie – CHAN : La disparition programmée du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) marque un tournant silencieux mais profond pour le football africain, et plus encore pour des nations comme l’Algérie, historiquement attachées à cette compétition. Présentée comme une réorganisation du calendrier continental, cette décision actée par la Confédération africaine de football, dans le sillage des orientations impulsées par la FIFA, met un terme à un tournoi qui avait trouvé sa place dans l’écosystème africain. Le CHAN n’était pas une compétition mineure : il incarnait une vitrine unique pour les joueurs évoluant dans les championnats locaux, souvent relégués à l’ombre des binationaux et des expatriés. Pour l’Algérie, double vainqueur et finaliste marquante de l’édition 2023, cette disparition sonne comme une mauvaise nouvelle sportive autant que symbolique.
L’argument avancé pour justifier ce changement repose sur la création d’une nouvelle « Ligue des nations africaines », censée renforcer le niveau global des sélections et offrir davantage d’affiches compétitives. Sur le papier, l’idée peut séduire : plus de matches à enjeu, une meilleure exposition internationale et une harmonisation avec les standards européens. Mais derrière cette promesse se cache un déséquilibre évident. Là où la future compétition profitera avant tout aux sélections A, elle laisse sur le bord de la route toute une catégorie de joueurs dont le CHAN constituait le principal tremplin. Pour beaucoup de locaux, cette compétition était la seule occasion de se mesurer au haut niveau continental, de s’exporter ou simplement d’entrer dans le radar des sélectionneurs. En supprimant ce cadre, on assèche mécaniquement une filière déjà fragilisée, au moment même où les championnats africains peinent à retenir leurs talents et à exister face à l’attraction de l’étranger.
Le cas algérien illustre parfaitement cette contradiction. Ces dernières années, le CHAN avait permis à plusieurs profils issus de la Ligue 1 Mobilis de se révéler, de s’aguerrir et, parfois, de franchir un cap. Dans un contexte où les sélections africaines, Algérie comprise, se tournent de plus en plus vers les binationaux ou les joueurs formés en Europe, le CHAN faisait figure de contrepoids. Sa suppression accentue une tendance déjà lourde : la marginalisation progressive du joueur local dans les projets sportifs nationaux. À long terme, le risque est clair. En voulant renforcer les équipes nationales par le haut, on fragilise la base. Et sans base solide, aucun édifice ne tient durablement. Pour l’Algérie, qui a souvent brillé dans cette compétition et s’en est servie comme levier de développement, la fin du CHAN laisse un vide que la future Ligue des nations africaine, aussi ambitieuse soit-elle, aura bien du mal à combler.
































