Il a choisi de tirer sa révérence sans conférence d’adieu ni tournée d’hommages. À 39 ans, Raïs M’Bolhi referme une parenthèse longue de plus d’une décennie sous le maillot de l’Équipe d’Algérie de football. Une sortie fidèle à son tempérament : sobre, presque silencieuse, loin des projecteurs qu’il a pourtant si souvent affrontés.
Quatre-vingt-seize sélections, deux phases finales de Coupe du monde, un sacre continental et une Coupe arabe au crépuscule de sa carrière internationale. Le natif de Paris laisse derrière lui un palmarès que peu de gardiens algériens peuvent revendiquer. Mais au-delà des chiffres, c’est une empreinte, un style et une constance dans les grands rendez-vous qui ont façonné sa légende.
Son histoire avec les Verts débute presque à contre-courant. En 2010, à la veille de la Coupe du monde de la FIFA 2010, il s’impose dans les cages avec une assurance inattendue. Face à l’Angleterre, il livre une prestation fondatrice, repoussant les assauts adverses et installant durablement son autorité. Ce soir-là, beaucoup découvrent un gardien au sang-froid rare, capable d’absorber la pression la plus intense sans trembler.
Quatre ans plus tard, lors de la Coupe du monde de la FIFA 2014, il confirme sa dimension internationale. L’Algérie atteint pour la première fois les huitièmes de finale d’un Mondial, et M’Bolhi en est l’un des piliers. Ses arrêts face à l’Allemagne restent gravés dans les mémoires, symboles d’une équipe combative qui a bousculé les géants.
Le sommet émotionnel interviendra en 2019. Durant la Coupe d’Afrique des nations 2019, il enchaîne les prestations solides et rassurantes. Son calme, sa lecture du jeu et sa capacité à gérer les temps faibles offrent une stabilité précieuse à l’arrière-garde algérienne. Lorsque l’Algérie soulève sa deuxième étoile continentale, M’Bolhi figure parmi les cadres incontestés de cette génération dorée.
Deux ans plus tard, il ajoute une ligne supplémentaire à son palmarès avec la Coupe arabe de la FIFA 2021. Capitaine des A’, il incarne alors l’expérience et la transmission. Plus qu’un dernier rempart, il devient un guide pour une nouvelle vague de joueurs, un grand frère chargé d’accompagner la relève.
La fin d’aventure sera plus contrastée. La CAN 2021 au Cameroun marque un coup d’arrêt brutal pour l’équipe nationale. Le cycle semble s’essouffler, et le gardien historique traverse lui aussi une zone d’ombre. En 2023, en Côte d’Ivoire, son rôle devient plus discret, presque symbolique. Le temps fait son œuvre, et la concurrence pousse à un renouvellement naturel.
En club, le parcours de M’Bolhi aura été bien différent. Globe-trotter revendiqué, il aura porté les couleurs de 21 équipes sur quatre continents. De l’Europe à l’Asie, en passant par l’Amérique du Nord, son itinéraire ressemble à une carte du monde. Rarement installé durablement, souvent en quête d’un nouveau défi, il aura connu des expériences contrastées, parfois brillantes, parfois plus éphémères.
Ses passages récents au CR Belouizdad puis à l’ES Mostaganem ont eu des allures de derniers chapitres. Quelques apparitions, une présence dans le vestiaire, puis le silence. Comme si la sélection avait toujours été son véritable port d’attache, l’endroit où il trouvait stabilité et reconnaissance.
Ce contraste entre une carrière internationale linéaire et un parcours en club plus sinueux nourrit le paradoxe M’Bolhi. Avec les Verts, il incarnait la constance, la solidité, la fidélité. En club, il semblait en perpétuel mouvement, cherchant peut-être un environnement à la hauteur de l’intensité vécue sous le maillot national.
Son style, parfois spectaculaire, parfois déroutant, ne laissait personne indifférent. Capable d’arrêts réflexes impressionnants, d’interventions décisives dans les moments clés, il a aussi traversé des périodes de doute. Mais dans les grandes compétitions, il répondait présent. C’est là que se construit la réputation d’un gardien : dans la capacité à tenir lorsque la pression devient maximale.
Aujourd’hui, en rangeant définitivement ses gants, Raïs M’Bolhi laisse un vide symbolique. Il appartient à cette génération qui a redonné fierté et ambition au football algérien. Son nom restera associé aux plus belles pages récentes de la sélection, aux soirées de liesse populaire, aux exploits face aux grandes nations.
Les chiffres retiendront ses 96 sélections. Les images conserveront ses parades décisives. Les supporters, eux, se souviendront d’un gardien qui, malgré une carrière en club mouvementée, a su devenir un pilier indiscutable des Verts. Une trajectoire singulière, faite de départs et de retours, d’errances et d’ancrage, qui s’achève sans bruit mais avec l’évidence d’avoir marqué son époque.
Dans l’histoire de l’équipe nationale, son nom s’inscrira aux côtés des plus grands. Et si la page se tourne, elle ne s’efface pas.































