Algérie – CAN : dans un entretien accordé à Dzair Tube, Raouf Salim Bernaoui a livré une analyse dense et sans détour de la finale de la CAN 2025 au Maroc, élargissant son propos aux dimensions mentales, arbitrales et structurelles qui ont traversé la compétition, sans éluder l’élimination de l’Algérie. L’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports est d’abord revenu sur une déclaration antérieure qui avait suscité la controverse, lorsqu’il avait évoqué un succès sénégalais par le plus petit des écarts. « Ce que j’ai dit n’était qu’un pronostic sportif basé sur des données, pas un jugement définitif », a-t-il tenu à préciser, rappelant le contexte d’hyper-exposition médiatique. « À une époque où chaque mot est enregistré et scruté, on ne peut pas parler à la légère. Je connais les Sénégalais depuis près de 30 ans, comme dirigeant, formateur et entraîneur, et j’ai préféré ne pas tout dire pour ne pas servir leurs adversaires », a-t-il ajouté, soulignant une connaissance intime des ressorts de cette sélection.
Sur les raisons de la réussite sénégalaise, Bernaoui insiste sur un facteur qu’il juge déterminant : l’intelligence de jeu. « Le Sénégal dispose d’un très haut QI footballistique. Cet avantage vient de leur environnement, des conditions de vie difficiles et de la rareté des moyens, qui les ont obligés à s’adapter et à toujours chercher des solutions », a-t-il expliqué. Il rattache cette force mentale à une histoire et à une culture spécifiques, évoquant notamment l’ouverture du pays et la mémoire de lieux comme Gorée. À l’inverse, son regard sur le pays organisateur se veut plus critique. « Le Maroc n’était pas aussi fort que ce que l’on a voulu faire croire médiatiquement », estime-t-il, pointant la difficulté de cumuler organisation et performance sportive au plus haut niveau. « Nous avons vu des erreurs organisationnelles et arbitrales dès les premiers tours, comme contre le Mali, privé d’un penalty évident », a-t-il rappelé, décrivant une pression mal maîtrisée tout au long du tournoi.
La finale, selon lui, a concentré toutes ces tensions. « C’était un scénario inédit. Certains joueurs ont perdu leur concentration, alors que les Sénégalais avaient préparé le match dans les moindres détails, mentalement et tactiquement », a-t-il analysé, illustrant son propos par l’épisode de la serviette du gardien. « Sous la pluie, la serviette est essentielle. Ils ont tenté de perturber le gardien adverse en la retirant, mais les Sénégalais avaient tout anticipé, au point de confier au gardien remplaçant la mission de la protéger ». Sur l’arbitrage, son jugement est sans équivoque : « Pour moi, le penalty n’était pas valable et il y avait une position de hors-jeu avant. De plus, le joueur qui l’a tiré n’aurait pas dû le faire, car il n’était pas dans l’état mental requis ». Il ajoute que « l’arbitre a perdu le contrôle du match », estimant que certaines sorties de terrain auraient dû être sanctionnées. Interrogé sur le risque disciplinaire encouru par le Sénégal, Bernaoui tranche : « Oui, l’abandon aurait entraîné des sanctions très lourdes, pouvant aller jusqu’à l’exclusion de la Coupe du monde. Cela aurait détruit un projet bâti sur vingt ans ». Enfin, il élargit le débat à l’Algérie, soulignant que « le problème n’est ni le joueur ni les moyens, mais la gouvernance », concluant : « Aujourd’hui, le sport est une puissance douce. Les grandes nations l’utilisent intelligemment, alors que nous continuons à le gérer avec une mentalité amateur ».


































