La justice algérienne a rendu, ce dimanche, un verdict lourd à l’encontre d’un ancien responsable du football national. Au lendemain de l’élimination de l’équipe d’Algérie face au Nigeria lors de la CAN 2025, la cour de Chéraga a condamné Amar Bahloul, ex-président de la Ligue régionale de football d’Annaba et ancien membre du Bureau fédéral de la Fédération algérienne de football (FAF), à trois années de prison ferme. À cette peine privative de liberté s’ajoute une amende de 200 000 dinars algériens, ainsi qu’une condamnation à verser plus d’un million de dinars de dommages et intérêts à la FAF, constituée partie civile dans ce dossier.
Cette affaire judiciaire, suivie de près par le milieu sportif, porte sur des accusations de détournement de fonds publics. Selon les éléments retenus par la cour, Amar Bahloul aurait utilisé des ressources financières appartenant à la Ligue régionale et à la Fédération à des fins étrangères à leurs missions. Les faits reprochés couvrent notamment l’usage d’ordres de mission pour justifier des déplacements et des nuitées dans plusieurs hôtels de la capitale, ainsi que la prise en charge, par les finances de la FAF, des honoraires d’un avocat chargé de défendre ses intérêts devant le Tribunal arbitral du sport (TAS).
L’enquête a mis en lumière des pratiques jugées contraires aux règles de gestion et de transparence. Il est reproché à l’ancien dirigeant d’avoir engagé des procédures judiciaires contre la FAF après la fin de ses fonctions, tout en faisant supporter les frais de ces démarches à l’institution qu’il contestait. Les magistrats ont également retenu qu’il aurait continué à bénéficier d’ordres de mission et de remboursements de frais après son éviction, ce qui a renforcé les soupçons d’irrégularités financières.
À la barre, Amar Bahloul a fermement rejeté l’ensemble des accusations. Il a dénoncé ce qu’il considère comme une procédure abusive initiée par la Fédération algérienne de football. Selon lui, aucun détournement n’a été commis et sa gestion des finances de la Ligue régionale Est aurait été irréprochable. Il a notamment affirmé avoir laissé, à la fin de son mandat, des comptes créditeurs importants, évoquant un montant de 13 milliards de centimes, sans compter les budgets relevant des autres ligues placées sous sa tutelle.
Concernant ses déplacements à Alger, l’ancien président de ligue a soutenu qu’ils avaient tous un caractère professionnel. Il a expliqué que chaque mission était effectuée dans le cadre de ses fonctions, sur la base d’ordres signés par les responsables administratifs compétents. Il a également insisté sur le fait que sa présence devant le TAS visait à défendre les intérêts de la Ligue régionale Est dans le litige l’opposant à la FAF, et non à régler une affaire strictement personnelle.
Sur la question de l’hébergement, Amar Bahloul a tenté de démontrer sa bonne foi en soulignant qu’il séjournait dans des hôtels modestes, classés deux étoiles, et pour des durées très courtes. Selon lui, ce choix traduirait une volonté de préserver les deniers publics, là où il aurait pu opter pour des établissements plus luxueux. Il a également nié avoir utilisé les fonds de la Fédération pour payer un avocat à titre personnel, affirmant que ce dernier intervenait pour le compte de la ligue régionale.
Malgré ces arguments, la cour a estimé que les éléments du dossier, notamment les documents financiers et les pièces versées à l’instruction, suffisaient à établir la matérialité des faits reprochés. L’affaire trouve son origine dans une plainte déposée par la FAF, qui a mis en avant des dépassements et des irrégularités dans la gestion de la Ligue régionale Est, couvrant plusieurs wilayas de l’Est du pays.
Ce verdict marque un tournant symbolique dans la lutte contre les dérives de gestion au sein des instances sportives. Il rappelle que les responsabilités exercées dans le football, au-delà de leur dimension sportive, impliquent une obligation stricte de transparence et de respect des règles financières. Pour beaucoup d’observateurs, cette condamnation envoie un message clair : les institutions sportives ne sont pas au-dessus des lois et leurs dirigeants peuvent être appelés à rendre des comptes devant la justice.


































