Algérie – Maroc : dans l’histoire du football international, les séries d’invincibilité constituent des repères rares, presque mythiques, tant leur construction exige constance, profondeur d’effectif et maîtrise émotionnelle sur la durée. À ce jeu-là, certaines sélections ont inscrit leur nom en lettres capitales. L’Italie demeure la référence absolue avec 37 matchs sans défaite entre 2018 et 2021, devant l’Argentine et ses 36 rencontres entre 2019 et 2022. Juste derrière, un groupe restreint partage un même palier symbolique à 35 matchs : l’Algérie, l’Espagne et le Brésil. Une donnée qui, aujourd’hui, reprend une résonance particulière à la lumière de la dynamique actuelle du Maroc, désormais installé à 31 matchs consécutifs sans connaître la défaite.
Pour l’Algérie, cette série de 35 rencontres entre 2018 et 2021 reste l’un des marqueurs forts de son histoire moderne. Elle a accompagné un cycle abouti, ponctué par un sacre continental et une domination régionale assumée. Cette invincibilité n’était pas qu’une suite de résultats favorables ; elle traduisait une identité claire, une capacité à voyager, à s’adapter aux contextes africains comme internationaux, et à maintenir un niveau d’exigence constant. Être aligné statistiquement avec l’Espagne de l’ère 2007-2009 et le Brésil des années 1990 situe l’exploit algérien dans une dimension mondiale, bien au-delà du simple cadre continental.
C’est précisément cette barre symbolique que le Maroc commence à regarder de plus près. Avec 31 matchs sans défaite depuis 2023, les Lions de l’Atlas se rapprochent progressivement du cercle des sélections historiques. La série est encore en cours, ce qui lui confère une valeur particulière : elle n’est pas figée, mais en construction. À quatre longueurs du total algérien, le Maroc avance avec régularité, porté par une stabilité rare et une capacité à gérer les rendez-vous à pression. Cette progression place désormais la sélection marocaine à hauteur de certaines grandes dynamiques sud-américaines passées, notamment l’Argentine du début des années 1990, et devant la France de la période 1994-1996.
Cette lecture chiffrée, si elle ne préjuge jamais de l’avenir, éclaire néanmoins une réalité : les séries longues ne s’improvisent pas. Elles demandent une rigueur quotidienne et une capacité à éviter les faux pas, même lors de matchs réputés secondaires. Pour l’Algérie, le record de 35 matchs demeure un point de référence, un sommet déjà atteint. Pour le Maroc, il représente désormais un horizon atteignable. À mesure que la série marocaine se prolonge, la comparaison devient inévitable, non pas pour opposer deux trajectoires, mais pour mesurer à quel point le football africain s’inscrit désormais dans des standards de régularité comparables aux plus grandes nations mondiales. Dans ce type de course silencieuse, chaque match compte, chaque nul devient aussi important qu’une victoire, et chaque faux pas peut mettre fin à une aventure statistique patiemment construite.
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