Lamine Yamal – Maroc : Dans le football international, il existe des déclarations qui ne sont pas seulement des phrases : elles sont des lignes de fracture. Les mots de Luis de la Fuente, sélectionneur de l’Espagne, relèvent de cette catégorie. Dans un entretien accordé au média espagnol AS, l’entraîneur a ravivé, volontairement ou non, un débat qui dépasse le rectangle vert : l’identité sportive et le droit d’un joueur de choisir sa nation. Interrogé sur la gestion de Lamine Yamal et les tensions provoquées à Barcelone autour de son temps de jeu, notamment avec Hansi Flick, de la Fuente a répondu avec une fermeté presque tranchante : son rôle est de convoquer « les meilleurs joueurs pour représenter notre pays ». Derrière cette phrase apparemment neutre, se cache un rappel d’autorité, adressé non seulement au Barça mais aussi à une partie de l’opinion marocaine qui n’a toujours pas digéré le choix de Yamal de représenter l’Espagne plutôt que le Maroc. Le coach espagnol s’est montré clair : « Lamine a choisi l’Espagne parce qu’il se sent Espagnol », une déclaration qui sonne comme un point final, mais qui risque, paradoxalement, de rouvrir la plaie.
Ce discours s’inscrit dans un contexte où l’Espagne prépare déjà la Coupe du Monde 2026, au sein d’un groupe qualifié de « favorable » par certains. De la Fuente refuse pourtant tout excès de confiance. Il souligne qu’un tableau théoriquement simple peut devenir un piège, citant l’Arabie saoudite qui avait surpris l’Argentine lors de la dernière édition, ou encore la force historique de l’Uruguay. Il rappelle également que plusieurs cadres reviennent de blessure, notamment Yamal et Nico Williams, et qu’il faudra les accompagner pour retrouver leur pic de performance. Au cœur de son propos, une idée domine : la sélection n’est pas un lieu de politique ou d’identités croisées, mais une arène où seuls le mérite, la forme et la disponibilité doivent faire foi. Ses phrases, volontairement sobres, sont en réalité un message de contrôle : l’Espagne, qui a retrouvé une stature continentale depuis sa conquête européenne, veut désormais rappeler qu’elle ne se laissera pas dicter son rythme par le club football.
La fin de l’entretien, étonnamment, s’est élargie à des sujets symboliques du football mondial, avec un passage remarquable sur Lionel Messi. « Messi est l’un de ceux qui ne devraient jamais prendre leur retraite, tout comme Cristiano Ronaldo », dira de la Fuente, admiratif. À travers cette ode à l’intemporel, il dessine aussi sa vision : le football n’est pas qu’un sport, c’est une histoire de légendes, de transmissions et de survie. Les propos du sélectionneur, entre affirmation identitaire, rappel de souveraineté et hommage au jeu, résonnent comme un acte de positionnement. Qu’on les trouve diplomatiques ou brutaux — au Maroc, ils seront perçus comme une gifle — l’Espagne, par la voix de son sélectionneur, vient d’envoyer un message simple : ses talents ne sont pas un dossier à discuter. Ils sont un héritage à protéger.



































