Il y a des gestes qui se fondent dans la banalité d’un résultat, puis il y en a d’autres qui marquent un tournant dans une rencontre, une saison, parfois même une trajectoire personnelle. Le penalty inscrit par Ilan Kebbal lors du duel Paris FC – Auxerre appartient indéniablement à la seconde catégorie. Élégant, précis, assumé, ce contre-pied exécuté à la 31e minute au stade Jean-Bouin a offert bien plus que l’ouverture du score : il a rappelé la nature même de ce joueur, fait de finesse technique, de lectures instantanées et d’un héritage franco-algérien pleinement revendiqué. Il a obtenu le titre d’homme du match à la fin.
Le contexte, pourtant, ne laissait rien présager de tel. Le Paris FC entame difficilement sa rencontre, subit les intentions offensives d’une équipe auxerroise pourtant lanterne rouge, mais déterminée à montrer un autre visage. Les mouvements bourguignons s’enchaînent : Danois accélère, Sinayoko percute, Mara menace sans relâche. Dans cette période délicate, les Parisiens peinent à trouver leurs repères, presque étouffés par la volonté adverse.
Puis survient ce centre de De Smet, dévié de la main par Akpa. Pas d’hésitation de la part de l’arbitre François Letexier : penalty. La tension monte, le match change de rythme. Kebbal s’avance, calme, concentré, comme s’il isolait l’instant du reste du monde. Devant Léon, il opte pour la simplicité absolue : ouverture du pied, précision chirurgicale, contre-pied parfait. Le ballon part sur la droite, le gardien plonge à gauche. 1-0, un geste limpide, réalisé avec la sérénité des joueurs qui maîtrisent chaque détail.
Un geste également chargé de symbolique. Dans cette exécution maîtrisée, on retrouve le parfum de ces artistes algériens capables de transformer une action anodine en moment décisif : Mahrez, Brahimi, Feghouli. Kebbal, formé en France mais international algérien, s’inscrit naturellement dans cette lignée, incarnant ce pont spontané entre deux footballs et deux cultures qui se répondent et s’enrichissent.
Mais cette ouverture du score ne clôt rien. Dans la foulée, Auxerre refuse de sombrer. Plus agressifs, plus présents dans les duels, les hommes de Pélissier reviennent dans la partie et finissent par égaliser à la 41e minute. Diomandé profite d’un cafouillage pour déclencher une frappe imparable. 1-1. Le match se rééquilibre, les dynamiques s’opposent, et le Paris FC réalise que l’avance de Kebbal n’était qu’une parenthèse dans une première période globalement dominée par l’AJA.
Pour Kebbal, en revanche, cette réussite marque un pivot. Transparent dans les premières minutes, freiné dans ses initiatives, contraint de décrocher bas pour toucher le ballon, il retrouve d’un coup confiance et influence. Portant le brassard, il reprend sa responsabilité naturelle : guider, accélérer, rassurer, redonner du souffle à son équipe.
Avec 6 buts et 4 passes décisives en 14 matchs, son impact statistique s’inscrit dans la continuité de son influence technique et mentale. La Ligue 1 elle-même n’a pas manqué de souligner sa prestation, publiant après la rencontre une photo accompagnée de la légende : « Ilan Kebbal Show ». Une formule simple, mais fidèle à ce qu’il a offert : un moment de football où un geste devient une histoire.


































